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mardi 2 juillet 2024

Bataille de Bulgnéville (2 juillet 1431)

  Voilà 593 ans jour pour jour, le duc de Lorraine, René d'Anjou,

s'opposa au comte de Vaudémont, Antoine de Lorraine.


La possession du duché de Lorraine était alors au cœur de cet affrontement.



La Bataille de Bulgnéville
La Lorraine à la merci du duc de Bourgogne
(2 juillet 1431)
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Armoiries de René 1er de Lorraine
(British Library)



1. Les raisons de cette bataille ?

René d’Anjou devint duc de Bar et de Lorraine


Le décès du cardinal-duc Louis de Bar (1415-1430), le 26 juin 1430, changea la destinée
de René d’Anjou, son petit neveu. Effet, ce dernier lui succéda tout naturellement
car il assurait, de fait (dès le 13 août 1419 et renouvelé le 23 octobre 1420),
la fonction ducale bien avant l'officialisation succédant au trépas du prélat.

Peu de temps après, le duc de Lorraine, Charles II (1390-1431), décéda à
son tour le 25 janvier 1431, laissant alors le duché entre les mains de son gendre.

Le château de Bar-le-Duc 
(à ses pieds s'est déroulé la bataille de Bar entre le duc Gozelon  et Eudes de Blois. La Lorraine
était alors au cœur d'un conflit opposant le comte de Champagne et l'empereur du Saint-Empire-
Romain-Germanique. Vous pouvez découvrir cette bataille déterminante en cliquant ICI)

Désormais le nouveau duc René 1er de Lorraine et de Bar, marquis de Pont-à-Mousson
et comte de Guise, fit son entrée solennelle à Nancy le 30 janvier 1431.

Il fut chaleureusement accueilli par la population et les autorités de la cité. Conduit à
l’église Saint-Georges, il jura sur l'autel de "bonnement entretenir les droits de Loheregne" et confirma dans la foulée les privilèges de l’ancienne chevalerie et des villes du duché.

Le 22 février 1431, il adressa des lettres aux établissements religieux pour
leur assurer de sa protection en tant que grand avoué.

Nancy - La Porte de la Craffe
Nancy - La Porte de la Craffe

Antoine de Lorraine, comte de Vaudémont, contesta l’attribution du duché à René d’Anjou

En tant que dernier héritier mâle de la branche cadette (fils de Ferry 1er de Vaudémont
et petit-fils du duc de Lorraine, Jean 1er), le comte Antoine de Vaudémont (1418-1458),
 baron de Joinville, sénéchal héréditaire de Champagne et seigneur de Rumigny, Boves
et Florennes, contesta immédiatement la validité du second testament (daté du 13 janvier
 1325) du duc Charles II qui faisait de René d'Anjou son successeur.

Le comte de Vaudémont se sentait dépossédé du duché de Lorraine dont il estimait
être l'unique dépositaire car il considérait que la succession ne pouvait
se faire que par un héritier mâle.

En effet, pour lui, l'accession de René d'Anjou au titre ducal était contestable puisqu'il
n'était que l'époux d'une princesse lorraine, Isabelle (fille de Charles II de Lorraine et
de Marguerite de Bavière). La loi salique invoqué ne fut pas retenue, il suffit, pour cela,
de se rappeler que le 13 décembre 1425, 142 chevaliers et écuyers du duché de Lorraine avaient reconnu René d’Anjou comme le futur successeur du duc Charles II, en acceptant
la transmission par une femme. La grande majorité des vassaux du duc de Lorraine,
des prélats et des cités ne voulaient vraiment  pas du comte de Vaudémont
à la tête de la principauté lorraine.

Refusant la décision de l'assemblée, Antoine de Vaudémont, sûr de ses prétentions
au trône, attaqua alors René d’Anjou à plusieurs reprises.

Gisants d'Antoine de Vaudémont et de sa femme, Marie d'Harcourt
(Nancy - Grande Rue - Église des Cordeliers)

Le 20 août 1429, une tentative de conciliation, autour de cinq arbitres, se tint entre les
deux partis. Leur sentence resta lettre morte et, quelques mois plus tard, le comte de
 Vaudémont provoqua de nouveau le duc. Le 27 août 1430, le roi Charles VII de France
 demanda alors à Étienne de Vignoles dit La Hire (1390-1443) d’aider son beau-frère.

La trêve durera jusqu’à la Noël.

Le 31 janvier 1431, depuis sa château de Vézelise, Antoine de Vaudémont demanda
à "son cher cousin" René 1er de Lorraine de réparer les dommages que ses troupes
avaient causé sur ses terres de Brancourt et Montiers-sur-Saulx. Il refusa par la même
 occasion de le reconnaître comme "son" duc de Lorraine. Le 22 février suivant, il osa
même se parer de ce titre en sommant toutes les villes lorraines à le reconnaître comme
le seul souverain légitime selon la loi salique dont il se réclamait. Une nouvelle tentative
de conciliation entre les deux partis échoua encore le 13 mars 1431.

Puis, profitant de l’absence de René 1er, le comte de Vaudémont entra dans la capitale
 ducale, en compagnie d'Antoine de Toulongeon (1385-1432), maréchal de Bourgogne,
en arborant fièrement les armes de Lorraine et en se proclamant comme duc légitime.
Il fut tout de même reçu par le conseil ducal qui examina sa requête. La réponse ne se fit
pas attendre : il quitta, agacé, Nancy à l'annonce de l'invalidité de la loi salique dont
il entendait bien se servir pour prendre la place de René d'Anjou sur le trône de Lorraine.
La transmission de la fonction ducale par les femmes était tout à fait légale !

Le 7 avril 1431, René d’Anjou se rendit à Charmes pour recevoir l’hommage qui lui
était dû par Thiébaut VIII, sire de Neufchâtel, gentilhomme bourguignon, pour les châteaux
 et seigneuries de Châtel-sur-Moselle et Bainville-aux-Miroirs. De retour à Nancy, le duc
 ordonna, le 11 avril, à ses baillis de Saint-Mihiel, Thierry d'Autel, et de Bar, Philibert
de Doncourt, de sommer le comte de Vaudémont a prêter hommage pour le château de
 Vézelise et les autres forteresses du comté de Vaudémont. Évidemment, lorsque le bailli
de Saint-Mihiel se présenta le 13 avril devant les murs de Vaudémont en compagnie de
 Warry de Fléville, conseiller ducal, Jean d'Autrainne, secrétaire ducal, et Jacquet Rolet, clerc mussipontain et notaire impérial, il fut accueillit froidement par le bailli
de Vaudémont, Guérard de Pfaffenhoffen, qui prétexta l'absence de son maître (le comte
de Vaudémont,se trouvait en Flandre auprès du duc de Bourgogne pour obtenir
une aide militaire) pour ne pas rendre hommage à René d'Anjou.

Le 13 avril 1431, René d’Anjou apprit le refus de l’hommage que le comte Antoine de
 Vaudémont lui devait naturellement en tant que vassal. Le considérant comme félon,
 il ordonna, sur le champ, la saisie de ses fiefs. Excédé, René d’Anjou lui déclara
même la guerre le 14 avril puis se présenta à Tours, au cours du mois de mai,
où il obtint l’appui du roi de France, Charles VII, qui demanda à son bailli du Vermandois
de lui prêter main-forte contre Antoine de Vaudémont. Le 1er juin 1431, le siège
de la forteresse de Vaudémont commença et les terres alentours furent
tout bonnement pillées et saccagées.

Le donjon roman de Vaudémont
 Le donjon roman de Vaudémont

La guerre ouverte se profilait donc entre les deux partis et chacun d'eux
commença à constituer une armée !
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LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
Le champ de bataille entre le ruisseau de l'Etang et celui de Vaudoncourt

2. La composition des forces en présence et l’engagement

L’armée de René d’Anjou


Les messagers envoyés auprès des différents princes étrangers et vassaux par le duc de
 Lorraine dans toutes les directions revinrent porteurs de bonnes nouvelles. De nombreux
 princes et grands seigneurs d'Allemagne et d'Alsace acceptèrent de venir combattre avec
 lui, sous le commandement d'Arnaud Guilhem de Barbazan (1360-1431) (sa biographie est ici), conseiller et chambellan de Charles VII, surnommé "le chevalier sans reproche".

Ainsi, dans les rangs de l'armée de René d'Anjou, se trouvaient : Louis de Bavière, comte
 palatin d’Heidelberg (oncle maternel d’Isabelle de Lorraine), Conrad Bayer de Boppart
 (1415-1459), évêque de Metz, Robert de Sarrebruck damoiseau de Commercy, Robert
de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, Jean IV, comte de Salm, Jacob, Margrave
de Bade (époux de Catherine de Lorraine, fille cadette de Charles II), Olry de Ribeaupierre,
 Thiébaut de Blâmont, Gaspard de Sierck, Jean II de Rodemack et du Maître-échevin
de Toul. René 1er de Lorraine disposait ainsi de 6 000 cavaliers et de 1 500 hommes
de pied, appuyés par quelques pièces d’artillerie.

Blasons de certains des combattants de l'armée de René 1er de Lorraine

L’armée bourguignonne du comte de Vaudémont

De son côté, Antoine de Vaudémont constitua, en Flandre, une troupe forte de 1 500
 cavaliers. L’armée bourguignonne qui devait le soutenir fut placée sous le commandement
 général d’Antoine de Toulongeon, Maréchal de Bourgogne. Les seigneurs Antoine de Vergy
 (seigneur de Champlitte et de Rigny, Maréchal de France, Capitaine Général de Bourgogne,
 Gouverneur de Champagne et de Brie), Pierre de Bauffremont (Comte de Charny, seigneur
 de Molinot, Premier Chambellan du Duc Philippe Le Bon, Gouverneur du Duché de
 Bourgogne), Antoine de Croy (Seigneur de Renty, Grand Maitre de l’Hôtel du duc de
 Bourgogne, Gouverneur du Duché de Luxembourg et du Comté de Namur) et le sire de
Mirebeau firent partie de l'armée bourguignonne. De nombreux chevaliers picards, artésiens, wallons et brabançons composaient également les rangs bourguignons. Vers la fin du mois
 de juin 1430, 1 000 cavaliers et 3 000 hommes d’armes et gens de trait, soutenus par
de nombreuses pièces d’artillerie, firent ainsi mouvement vers le Barrois.

L'armée bourguignonne fut placée sous le commandement d'Antoine de Toulongeon,
le maréchal de Bourgogne ; Antoine de Vaudémont ne faisait que l'épauler !

 Le Maréchal de Bourgogne, Antoine de Toulongeon
(Armorial équestre de la Toison d'Or)

 Antoine de Vergy
(Armorial équestre de la Toison d'Or)


 Pierre de Bauffremont
(Armorial équestre de la Toison d'Or)


 Antoine de Croy
 (Armorial équestre de la Toison d'Or)
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3. René d’Anjou tenta d’engager le combat

Averti des mouvements de troupes ennemis, René d’Anjou quitta le siège de Vaudémont
en laissant quand même un contingent chargé de contenir la garnison. Il ordonna alors à
son armée de prendre la direction du sud-ouest, afin de couper la route aux Bourguignons.

En apprenant la nouvelle, le Maréchal de Bourgogne jugea alors plus prudent de rebrousser
 chemin car il n'entendait pas livrer bataille aux Lorrains immédiatement. Il savait que
son armée était, sur le papier, moins forte que celle du duc de Lorraine et pensait évidement
 au pire quand à l'issue de la bataille. Le lundi 1er juillet 1431, manquant de vivres et
 constatant que ses hommes avaient besoin de repos, Antoine de Toulongeon fit une halte
 prolongée aux environs du village de Sandaucourt où il fut décidé de recruter de nouveaux
 combattants pour constituer une armée aussi importante que celle du duc de Lorraine.

Le duc René 1er de Lorraine
(Armorial équestre de la Toison d'Or)

Le lendemain matin, sur les conseils de ses capitaines, Antoine de Toulongeon prit
la décision de retourner en Bourgogne car il avait la conviction que de l'affrontement
qui se profilait, serait un désastre ! Le comte de Vaudémont, dépité, ne comprit
pas la réaction du maréchal de Bourgogne et lui fit savoir instamment.

Antoine de Vaudémont, plein de rancœur, voulait en découdre !

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
 Bague dite au baiser trouvée sur le champ de bataille
 (Conservée au Musée rural de Bulgnéville)

Malgré le mécontentement du comte de Vaudémont, l''armée bourguignonne s'ébranla
vers la Bourgogne pour échapper à celle du duc de Lorraine, mais arrivée près de Bulgnéville,n Antoine de Toulongeon appris que René d’Anjou était sur le point de
le rejoindre. Surpris par l’avancée rapide des troupes ducales, il décida de s'arrêter
au sommet d’une  butte située entre le village de Vaudoncourt et l’Étang, petit
ruisseau qui coulait à ses pieds. Des bosquets et haies garnissaient
le pourtour de ce dernier.

L'affrontement devenait inévitable et chacune des armées se préparait au combat !

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
Vigiles de Charles VII, fol. 77v : Bataille de Bulgnéville (BNF)
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4. Le combat

L’ordre de bataille des Bourguignons

La position prise par les Bourguignons était avantageuse et le Maréchal de Bourgogne
le savait. La tactique bourguignonne visait à attendre l'ennemi dans une position défensive.
 Les archers et arbalétriers anglais se placèrent en avant de la ligne de défense et sur les
 ailes, en prenant soin de disposer près d’eux un pieu aiguisé, qu’ils pourront ficher dans
la terre au moment de l’assaut ennemi. Les hommes d’armes et chevaliers démontés anglais
 et picards se positionnèrent au centre, malgré quelques protestations de la part des
chevaliers qui voulaient se battre à cheval. Les chariots et le reste de l'armée (valets,
pages et cantinières) se placèrent derrière la ligne de bataille. Enfin, les pièces d’artillerie,
veuglaires et couleuvrines furent positionnées au centre et sur les côtés.

 Statuts, Ordonnances et Armorial de l'Ordre de la Toison d'Or



 L’ordre de bataille des Lorrains

Trois corps de bataille constituaient l'armée de René d'Anjou : l'aile droite, composée
de chevaliers démontés était aux ordres Arnaud-Guilhem de Barbazan ; le centre, lui
aussi constitué de chevaliers à pied, était dirigé par le duc de Lorraine et de Bar aux
côtés duquel figuraient les comtes d'Heidelberg, de Salm et de Sarrewerden ; et enfin
l'aile gauche, composée de chevaliers et cavaliers, était conjointement dirigée par
Wisse de Conflans et le damoiseau de Commercy, Robert de Sarrebruck.

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
Fer à cheval trouvé sur le champ de bataille
 (Conservée au Musée rural de Bulgnéville)
 
René d’Anjou se positionne

Durant les préparatifs bourguignons, l’armée de René d’Anjou arriva à environ 500 m 
du camp adverse. Afin de signifier à Antoine de Vaudémont et Antoine de Toulongeon
qu’il avait bien l’intention de leur livrer bataille, le duc de Lorraine leur envoya des hérauts
 d'armes accompagné de trompettes. La réponse du Maréchal de Bourgogne et
du comte de Vaudémont fut sans équivoque, ils étaient prêt à se battre.

Arnaud-Guilhem de Barbazan conseilla plutôt la prudence et refusa d’engager tout de suite
 le combat car la bataille rangée était trop aléatoire vu la position dominante qu'avait pris
 l'ennemi. Il préconisa de forcer l’ennemi à quitter son promontoire en faisant le blocus.

 Malgré les conseils avisés du seigneur de Barbazan, le duc de Lorraine prit la décision d’attaquer immédiatement, persuadés de ne faire qu’une bouchée
de cette armée bien inférieure en nombre. 

René 1er de Lorraine était alors certain de l'emporter ; son armée était
la plus forte à ses yeux !

 Seigneurs de l'armée de René 1er de Lorraine

Le combat commence

Avant l'engagement, bon nombre d'écuyers furent adoubés comme la coutume l'exigeait.
Le Maréchal de Bourgogne fit ensuite dresser en avant de ses lignes de quoi se restaurer,
 histoire de montrer au camp adverse, qu'ils n'avaient pas peur de se battre
et qu'ils allaient ripailler avant de le faire.

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
 Pointes de flèche découvertes sur le champ de bataille
(Conservée au Musée rural de Bulgnéville)

Après deux heures de face à face dans la plaine, le combat s’engagea subitement
vers 10h ou 11h du matin. La ligne de bataille des Barrois s’ébranla en direction
des Bourguignons. Le Maréchal de Toulongeon ordonna alors au canonnier
Jean Maréchal et à ses hommes d’ouvrir le feu. Les tirs de couleuvrines,
ribaudequins et de veuglaires eurent un effet psychologique dévastateur.

Position des armées au début de la bataille
(d'après B. Schnerb)

Ensuite, les archers picards commencèrent un tir nourri contre les troupes de René
d’Anjou qui accusèrent immédiatement le coup. Mais les Lorrains avancèrent quand
même vers les lignes ennemis. Le seigneur de Barbazan, accompagné de l’avant-garde
droite, se porta au devant de l’aile gauche bourguignonne pour tenter d'enfoncer les
lignes ennemis.  Malgré sa bravoure, il trouva la mort. Sa bannière fut mise à bas,
ce qui provoqua la confusion dans les rangs lorrains.

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
Le ruisseau de l'Etang

L'attaque de Barbazan et le tir des pièces d'artillerie bourguignonnes

Pendant ce temps, René d’Anjou et ses hommes furent malmenés par les archers anglais
et picards. Désorganisés, les Lorrains ne purent résister à l’avancée des hommes
d’armes du maréchal de Toulongeon. Le combat tourna ensuite au carnage. Membres
et têtes furent sectionnées, le sang coulait alors à flot et les cadavres commençaient
à s’amonceler dans la plaine. La tactique bourguignonne semblait
prendre le pas sur celle des Lorrains.

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
 Carreaux d'arbalète découverts sur le champ de bataille
(Conservés au Musée rural de Bulgnéville)

Le tir nourri des archers et arbalétriers picards et anglais

Arnaud-Guilhem de Barbazan
(Gravure du gisant qui se trouvait dans l'abbatiale de Saint-Denis)

L’aide, tant espérée, de l’aile gauche du damoiseau de Commercy, de Wisse de Conflans,
de Robert de Baudricourt et de Jean d'Haussonville n'arriva jamais. Ces derniers préférèrent
 abandonner le champ de bataille tant qu’il était encore temps. Sentant la victoire à portée
de main, le comte de Vaudémont pourchassa les Lorrains qui reculaient toujours devant la
 puissance de feu des archers et des arbalétriers Bourguignons. Vers midi, l’armée du duc
de Lorraine était en pleine déconfiture, René et ses principaux chevaliers continuèrent
 cependant à lutter, mais bientôt couverts de blessures, ils durent s'incliner vers 13 heures.
 Un écuyer du Hainaut, Martin Frinart, s'empara du duc de Lorraine et de Bar, blessé
au visage, et l'amena manu militari auprès de son maître, le comte de Vaudémont.

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
 Lame de couteau exhumée sur le champ de bataille
(Conservée au Musée rural de Bulgnéville)

L'enfoncement des lignes lorraines, la fuite des cavaliers
du damoiseau de Commercy et la capture de René d'Anjou

René d'Anjou fut alors conduit derrière un bosquet par éviter que le soustraire au regard
du Maréchal de Bourgogne. Antoine de Vaudémont voulait, par cet acte, s'attribuer tout
le mérite de cette capture. Mais Antoine de Toulongeon eut vent de cette dissimulation et
 entra dans un colère terrible contre son allié ; il invoqua alors son droit de préemption
 comme chef de "toute" l'armée, et demanda que le duc lui fut remis immédiatement.
 Antoine de Vaudémont s’exécuta et confia le duc aux hommes du maréchal
qui l’emmenèrent aussitôt à Châtillon-sur-Seine.

LA BATAILLE DE BULGNEVILLE - 2 juillet 1431
 Vouge, arme d'hast découverte sur le champ de bataille
(Conservée au Musée rural de Bulgnéville)

Le Maréchal de Bourgogne dépêcha un chevaucheur auprès du duc de Bourgogne,
Philippe le Bon (1419-1467), pour lui annoncer la victoire !

Le prince reçut cette nouvelle avec bonheur.
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5. Un lourd bilan pour les Lorrains et leurs alliés

Le 6 juillet 1431, soit six jours après le combat, les Bourguignons estimèrent que
le camp adverse avait perdu entre 3 à 4 000 hommes, qu’ils soient prisonniers ou morts.
 Selon les sources de l'époque, les Lorrains déplorèrent entre 1 500 (dixit le héraut Berry)
et 2 500 morts (selon le chroniqueur Enguerrand de Monstrelet)

Les chevaliers lorrains et alliés fait prisonniers

Liébaud d’Abaucourt, fils de ferry d’Abaucourt, écuyer et voué de Baccarat.
Collard des Armoises, seigneur de Fléville en Woëvre, fils aîné de Simon, écuyer.
Hue d’Autel, chevalier, seigneur d’Autel et sire d'Aspremont
Conrad Bayer de Boppart II, fils de Conrad Bayer de Boppart
Thierry Bayer de Boppart, frère du précédent
Philibert du Chastellet, chevalier
Jean de Fénétrange, chevalier
Warry de Fléville, chevalier et bailli des Vosges
Collard de Marley, chevalier et seigneur de Saulcy
Philippe de Nourroy, chevalier et seigneur de Port-sur-Seille
Renaud Paixel, chevalier, doyen de Verdun
Jean II de Rodemack et de Cronemberg
Jean III de Rodemack, chevalier, fils du précédent
Wainchelin de la Tour, fils de Gilles, bâtard de Luxembourg.
Friedrich Gentersberg, seigneur allemand
Saubelet de Dun, prévôt de Marville

Les seigneurs lorrains et alliés restés sur le champ de bataille

Arnaud-Guilhem de Barbazan
Hanry d’Abaucourt, écuyer, Jean d’Abaucourt, écuyer
Aubert d'Ourches, chevalier
Thierry d’Ancy, écuyer
Philippe des Armoises, écuyer
Ferry de Bacourt, écuyer,
Thiébaut de Barbas, chevalier
Jean de Bauffremont, écuyer
Hanry Bayer de Boppart
Hanry Bayer de Boppart II, fils du précédent
Ferry de Bauzemont, écuyer et châtelain de Saint-Dié
Jean de Bourlemont, chevalier
Jean de Chambley, chevalier
Didier de Chauffour, chevalier 
Jean de Crehange, chevalier
Guyot de Doncourt, écuyer
Philibert de Doncourt, frère du précédent
Odet de Germiny, écuyer
Huart de Gronaix, écuyer
Hanry de Gironcourt, écuyer
Jean de Gombervaux, petit-fils de Geoffroy de Nancy, chevalier
Guyot de Godoncourt, chevalier
Jean de Haraucourt, écuyer
Hanry d'Haroué, fils de Guy, chevalier
Jean de Houecourt, chevalier
Gérard de Jaulny, écuyer
Herbrand II de Landres, chevalier et seigneur de Briey
Gérard de Magnières, bailli des Vosges
Guyot de Mauléon, chevalier
Guyot de Mazirot, chevalier
Colin de Nancy, fils de Geoffroi, chevalier
Paul de Remicourt, chevalier
Olry de Ribeaupierre, chevalier
Olry de Ruppes, fils de Liébaut de Bauffremont
Rouillon de Sailly, chevalier
Jean IV, comte de Salm, fils de Jean, seigneur de Viviers
Jean 1er, comte de Sarrewerden, fils de Frédéric, comte de Moers
Warry de Savigny, chevalier
Perrin de Serrières, écuyer
Gaspard de Sierck, fils d’Arnould, chevalier
François de Sorbey, écuyer
Jean de Thuillières, chevalier
Warry de Tonnoy, chevalier
Jean de Villacourt, chevalier
Jean de Ville-sur-Illon, chevalier
Colin Wysse de Gerbéviller, écuyer et bailli de Lorraine allemande.
Johann Kämmerer von Worms, seigneur de Dalberg
Friedrich IV, comte de Fleckenstein
Heinrich von Horschersheim
Philipp von Ingelheim
Friedrich von Murtfort
Joffroyt de Beffort, beau-père de Conrad von Düne
Harteman von Rotzenhausen, fils de Hans von Rotzenhausen
Les deux fils de Friedrich Gentersberg
Hans Göler von Ravensburg
Albrecht Göler von Ravensburg


7. Epilogue : René d’Anjou captif et le règlement politique


Averties du résultat désastreux de la bataille, Isabelle de Lorraine et Marguerite de Bavière,
 sa mère, convoquèrent, dans l'urgence, le conseil ducal afin de prendre les mesures
 énergiques qui s'imposaient pour parer à la venue prochaine des Bourguignons.

Des émissaires furent alors envoyés dans toutes les cités pour exhorter leurs dirigeants à
 rester fidèles à René d’Anjou. Le 14 juillet 1431, Isabelle demanda à Smassmann 1er,
sire de Ribeaupierre (1398-1451) de lui envoyer un grand nombre d’hommes d’armes
pour l'aider à défendre son duché contre. Elle fit aussi mettre le siège devant Vézelise,
 seconde capitale du comté de Vaudémont. Antoine de Vaudémont se refusa à livrer
bataille à la duchesse, escomptant un règlement pacifique. 

Le 1er août 1431, une trêve fut signée. Mais à partir du 27 janvier 1432,
les hostilités reprirent, le comte de Vaudémont se montrant pressant.

Après son séjour à Châtillon-sur-Seine, René d’Anjou fut enfermé dans la forteresse
de Talant située près de Dijon, puis au château de Bracon. Il trouva le moyen de correspondre avec un Allemand fait prisonnier sur le champ de bataille de Bulgnéville
avec lui. Libéré, ce dernier put l’avertir que le sire Robert de Baudricourt
entendait le libérer. Cette tentative échoua lamentablement.

René d'Anjou, duc de Bar et de Lorraine
(Livre d'heures daté de 1436 - BNF)

Le 6 avril 1432, René d’Anjou obtint quand même sa remise en liberté à titre provisoire.
Il promit alors de venir se constituer à nouveau prisonnier le 1er mai 1435. Ses deux fils
 Louis et Jean restèrent à Dijon comme otages à sa place. Il s’engagea aussi à remettre
au duc de Bourgogne des lettres scellées par les principaux membres de la noblesse de
 Lorraine. Il s'engagea ensuite à livrer, en gage, ses forteresses de Clermont-en-Argonne,
 Bourmont, Charmes et Châtillon-sur-Saône. Le 12 avril 1432, la duchesse Isabelle
de Lorraine, sa mère, les évêques de Metz et de Toul se rendirent à Lyon pour régler
avec le duc de Bourgogne la libération du duc de Lorraine. René d’Anjou quitta
enfin sa prison le 30 avril et fit son entrée officielle le 4 mai à Remiremont,
accompagné d’un grand nombre de nobles et ecclésiastiques.

 Dijon - La Tour de Bar où fut enfermé René d'Anjou

La paix entre le duc de Lorraine et le comte de Vaudémont sera enfin officialisée grâce
à l’action du sire de Neufchâtel, Thiébaut VIII (1386-1459), Grand Maître de France et
 Lieutenant Général des deux Bourgognes, qui, en loyal vassal du duc de Bar, René d’Anjou,
 s’était abstenu de participer à la querelle. Le sire de Neufchâtel devint aussi l’arbitre
entre le duc Lorraine, son suzerain, et le duc de Bourgogne, dont il était l'un
des prestigieux Chevaliers de la Toison d’Or. Grâce à son concours,
une paix durable fut signée entre les deux ducs en 1437.

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Le comte de Vaudémont ne cessa de revendiquer la couronne de Lorraine, et ce jusqu'au
27 mars 1441, date à laquelle il admit la légitimé de René d'Anjou, soit presque dix ans
 après la bataille de Bulgnéville. Cependant, le 1er juillet 1457, il profita d’un différend
 entre le roi de France et le dauphin pour demander au duc de Bourgogne le partage du
 duché de Lorraine en sa faveur. Cette dernière tentative pour s’approprier le duché
de Lorraine échoua car le duc Philippe III de Bourgogne ne souhaitait
pas raviver d’anciennes querelles.

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René d'Anjou, duc de Bar et de Lorraine
(Médaillon de la galerie du Palais Ducal de Nancy)


La Rançon de René d’Anjou
Dijon, le 17 avril 1438

Fait prisonnier sur le champ de bataille de Bulgnéville, René d’Anjou fut dès lors
l’otage du duc de Bourgogne, qui réclamait, comme de coutume, une forte
rançon pour laisser son hôte retourner dans ses États.

La Bibliothèque Nationale de France conserve l’original sur papier d’un acte dans
lequel les représentants de la noblesse d’Anjou et du Maine se portent caution
pour la rançon du duc René. (Fonds Lorraine 239, n° 6).

Voilà donc, ci-dessous le texte original :

« Je, Thomas Bouesseau, secretaire de monseigneur le duc de Bourgoingne et de Brabant et garde du tresor des chartes de mondit seigneur à Dijon, certiffie à tous que j’ay receu pour mettre en icellui tresor, par la main de Jehan Thiryon, tresorier des païs de Bar et de Lorraine, certainnes lettres scellez de dix gentilz hommes des païs d’Aniou et du Maine, nommez en icelles lettres, soubz leurs seigns et seellez, par lesquelles ilz s’obligent, selon le contenu de leursdites lettres, envers modit seigneur de Bourgoingne, à paier à modit seigneur de Bourgoingne la somme de trois cens milles escuz que ils dient par lesdites lettres rester à paier par très hault et très puissant prince le Roy de Jherusalem et de Sicile à mondit seigneur de Bourgoingne, de la somme de quatre cens mille escuz sur quoy ilz dient que l’en a paié ou doit paier à icelui monseigneur de Bourgoingne la somme de cent mille escuz.
Ils s’obligent de paier ou deffaut dudit roy de Secile les termes escheuz et d’en venir hostaiges selon que declaré est en leursdites lettres, lesquelles j’ay receues sans preiudice du droit de mondit seigneur de Bourgoingne se lesdites seellez devoient estre bailliez de ladite somme de quatre cens mille escuz ou d’autre plus grant somme restant à paier que d’iceulx trois cens mille escuz.
Fait à Dijon, soubz mon seing manuel, presens les gens des comptes audit lieu, le XVIIe jour d’avril après Pasques, l’an mil CCCC trente et huit.
                                    Bouesseau »



Bibliographie sommaire :

Dom CALMET, Histoire de Lorraine. 1ère et 2e édition, 1740 et 1804.
M. PARISSE, Noblesse et Chevalerie en Lorraine médiévale, P.U.N, Nancy, 1982.
G. POULL, La Bataille de Bulgnéville 2 juillet 1431. Ses prisonniers et ses morts. Les Cahiers d’histoire, de biographie et de généalogie. N° 1. 1971.
G. POULL, La Maison ducale de Lorraine, PUN, Nancy, 1991.
B. SCHNERB, Bulgnéville (1431), l’État bourguignon prend pied en Lorraine, « Les Grandes Batailles, Ed. Economica, Paris, 1993.

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lundi 25 mars 2024

CAEN (14) - Château ducal : donjon, salle de l'échiquier et église Saint-Georges

 Après la visite des remparts du château ducal de Caen,

découvrez le donjon, la salle de l'échiquier et l'église Saint-Georges.

 C'est le duc de Normandie, Guillaume II,  qui a fait de Caen la capitale de son duché,
en mettant en place une première citadelle vers 1058/1060 sur un éperon calcaire,
qu'il a isolé par un fossé, dominant la basse vallée de l'Orne. 



Le donjon du château de Caen n'est plus qu'à l'état de fondation.

Construit vers 1120/1123 par Henri Ier Beauclerc, le donjon disparu était
une grande tour carrée, haute de 27 m. 

Cette tour maîtresse, peut-être entourée d'un mur, était un véritable château
à l'intérieur du château, et faisait partie des nombreuses tours et donjons construits
par le roi d'Angleterre après sa reprise en main du duché de Normandie.




Après 1204, Philippe Auguste, roi de France, le renforça d'une enceinte à
quatre tours rondes talutées entourée d'un profond fossé.





La destruction du donjon est ordonnée en 1793.

Les restes de celui-ci sont cachés sous des bâtiments de caserne.

Des fouilles archéologiques furent réalisées dans les années 1950-1960 afin
de faire réapparaître les fondations du donjon.



La salle dite de l'Échiquier se situe au nord-ouest de l'enceinte
dans une zone dite du « vieux palais ». 

Erigée au XIIe siècle par Henri 1er Beauclerc, cette grande salle d'apparat
(en latin aula), servait pour des cérémonies et des fêtes.

Elle porta différents noms : Salle du Tinel au XIIIe siècle, Salle du Palais
au XVe siècle, Salle de l'Arsenal au XVIIIe siècle. 

Au XVIIe siècle, la salle servit de lieu d'entreposage de canons.

Au XVIIIe siècle, une forge fut installée dans le bâtiment. 

Au XIXe siècle, la salle devint une écurie.




Mesurant 30,70 m × 11,02 m, avec des murs hauts de 8 m et épais d'1 m, la Salle 
de l'Echiquier semble avoir été séparée en deux niveaux :
- l’étage noble couvert d'une charpente apparente et percé de larges baies
en plein cintre, flanquées de colonnettes et coiffées de chapiteaux à décor floraux
(série de six fenêtres ouvertes dans les murs gouttereaux est et ouest)
- le rez-de-chaussée comportant les espaces de service (les cuisines,
une citerne, des celliers), éclairé par de petites ouvertures.


De grandes baies en plein cintre et à colonnettes éclairent le 1er étage.




Les murs comportent une série de modillons sculptés et placés juste sous la toiture.












Mentionnée dès 1080, l'église Saint-Georges est l'un des derniers éléments du château contemporain de Guillaume le Conquérant. 

Une première église, dédiée à Georges de Lydda, appartenait au chapitre de la
cathédrale de Bayeux jusqu'en 1080 ; date à laquelle, il est racheté par
Mathilde de Flandre, qui le légua à l'abbaye aux Dames de Caen. 

L'église fut reconstruite à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe siècle, si l'on tient
compte des fondations exhumées en 1964 par Michel de Boüard et les
archéologues du Centre de Recherches Archéologiques et Historiques
Médiévales (CRAHM) de l'Université de Caen. 



Au XIVe siècle, l'église reçoit deux fenêtres gothiques comprenant chacune
deux lancettes trilobées surmontées par un quadrilobe.

Endommagée lors du siège des Anglais en 1417, l'édifice va être profondément remaniée
dans la deuxième moitié du XVe siècle, avec l'ajout d'un bas-côté droit, le bouchage
 des baies romanes et le percement des grandes baies flamboyantes.

Fin XVe ou début XVIe siècles, le chœur fut reconstruit dans le style gothique
avec l'ajout du portail occidental.








Une série de modillons romans subsistent juste sous la toiture.









Deux chapiteaux datant de la fin du XIIe ou début XIIIe siècles présentent
encore les codes de l'architecture romane.

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